Le jour où Adam est venu à la maison

-Adam il vient le lundi 28 à la maison, on est quel jour maman ?
-Lundi 21, Adam, il vient lundi prochain.
-Adam il vient le lundi 28 à la maison, on est quel jour maman ?
-Vendredi 25, Adam, il vient lundi prochain.
-Mais je veux être le lundi 28 ! Adam il vient le lundi 28 !
-Oui, c’est dans 3 jours.
Adam il vient lundi 28, on est lundi 28 !
Le jour où Adam vient à la maison
 
 
« Je suis content »         IMG_8950

 

IMG_8960      « Moi aussi, quand ma maman m’a apporté
                                                                    chez toi dans  la voiture j’ai dit je suis content
                                                                    d’aller chez Alix ! »
 
« Adam, tu es venu lundi 28 à ma maison ! »    IMG_8963
« Et Alix toi tu viendras chez moi aussi, je t’invite. »
 
Je ne pensais pas qu’Alix était capable de vrais moments de complicité et pourtant !
 Quelques fois il est un peu perdu, parfois il répond « à côté » mais dans l’ensemble il s’en sort comme un chef, capable d’interagir, d’exprimer ce qu’il pense, partager des moments d’amitiés à deux, rigoler d’une situation, être intéressé par l’autre.
 Il a eu raison d’attendre ce lundi 28 !
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Le regard d’une mère peut faire une grande différence.

Article de Sylvie Lauzon.

J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Sophie Prégent, et ce sont nos fils autistes qui ont fait de nous des amies. Au fil des ans, j’ai appris à connaître la femme qu’elle est et, en particulier, la mère exceptionnelle qu’elle est devenue. Quand on voit Sophie et son fils de 11 ans ensemble, on ne peut que se sentir plus heureux!

Sophie Prégent a toujours voulu avoir des enfants. À cause des circonstances, à certains moments de sa vie, elle a toutefois douté que ça se produise. Dans la trentaine, lorsqu’elle rencontre Charles Lafortune, elle se dit que tout est encore possible; lui aussi veut des enfants. Et, bientôt, Mathis verra le jour. Comme bien des parents, ils vivent l’euphorie de voir leur couple devenir une famille. Le petit Mathis grandit entouré de gens qui l’aiment. C’est Charles qui, le premier, remarque que quelque chose cloche. Mathis a presque deux ans, et le langage ne s’amorce pas. «Je ne voyais pas les difficultés de Mathis, dit Sophie. À mes yeux, c’était moi qui n’avais pas le tour avec lui, qui ne savais pas comment m’y prendre. Je me disais: “Je l’ai mis au monde. Il est parfait. Si ça ne va pas, c’est ma faute.”» C’est finalement lors de l’annonce du diagnostic que la réalité frappe Sophie. Elle sait, après toutes ces évaluations, que rien ne sera plus jamais pareil. Mathis est atteint d’un trouble envahissant du développement, un trouble dans le spectre de l’autisme. Elle ne sait pas encore très bien ce que cela veut dire, mais le temps se chargera de le lui apprendre. «Quand le diagnostic est tombé, j’étais comme “gelée”. Je n’ai pas dormi pendant une dizaine de jours. Je me suis demandé si j’aurais la force de bien m’occuper de Mathis. Puis je me suis dit que je n’étais pas seule et qu’ensemble, Charles et moi, on y arriverait.»

UN AMOUR INCONDITIONNEL
Sophie ne serait jamais la mère qu’elle avait imaginée: elle serait bien plus que ça. Elle ne serait pas le parent qui accompagne son enfant vers l’autonomie, elle serait plutôt la mère qui offre le bonheur à son enfant malgré la différence. C’est à partir de là que le véritable questionnement s’est imposé. Qu’est-ce qu’une mère, sinon quelqu’un qui voit au-delà des apparences? Le regard d’une mère peut faire une grande différence. Quand on voit Sophie et Mathis ensemble, qu’on passe un peu de temps avec eux, on ressent l’amour qui les unit bien au-delà des mots. «Le regard d’une mère fait foi de tout. Il peut construire ou détruire. Pour moi, il n’était pas question que Mathis fasse pitié. Je le regarde avec fierté et avec bonheur! Si je le regardais autrement, je donnerais aux autres la permission de le voir de la même manière.»
Et cet amour, on le ressent à la seconde où on les regarde se coller, se bécoter. Cherchez Sophie, et vous trouverez Mathis pas très loin! C’est une particularité de Mathis; il est autiste et affecteux, ce qui n’est pas si fréquent. Il y a entre eux un amour pur, inconditionnel. C’est beau, c’est grand, et il y a sûrement, dans cet amour indéfectible, de quoi s’inspirer. Au-delà des mots, des résultats ou des performances, Sophie aime son fils et l’accepte comme il est. Le regard qu’elle pose sur lui commande le respect. Quand on observe la façon dont elle regarde Mathis, on ne peut que laisser tomber nos œillères et voir plus loin. Ça fait du bien!

UNE VIE DIFFÉRENTE
«À partir du moment où tu reçois un diagnostic de ce genre, tu te dis que le cerveau des enfants est comme une éponge et que tu trouveras la clé. Et puis, tu te rends compte que ton enfant a du mal à apprendre certaines choses et tu finis par te dire que c’est lui qui impose son rythme, pas toi.» Mathis a maintenant 11 ans. Avec les années, Sophie a appris à danser au rythme de son fils, et leur pas de deux est incomparable. La vie avec Mathis est complètement différente. Il ne parle presque pas, mais il sait se faire comprendre. Grâce au climat de confiance que ses parents ont instauré, il sait dire les choses à sa manière, parce qu’il se sait écouté et entendu. Les quelques mots qu’il prononce et qui se précipitent parfois hors de sa bouche sont d’ailleurs chaque fois comme des perles qu’il faut absolument collectionner. «Mathis ressent des émotions simples, et ses besoins le sont également. Il me suffit de les combler pour le rendre heureux. Mon fils est facile à aimer, et je me sens privilégiée d’être aimée autant, sans condition.»

SE RECONNECTER À L’ESSENTIEL
Quand nous nous retrouvons au resto, Sophie, Mathis, mon fils, Marc-Antoine, et moi, j’ai l’impression de partager un peu cette bulle de bonheur. Nos fils sont à la fois tellement différents et tellement semblables. Mathis parle peu, et Marc-Antoine parle tout le temps, mais nous retrouver tous ensemble me permet très souvent de me reconnecter à ce qui est essentiel. Sophie a une bonne oreille et elle aurait pu devenir une excellente psychologue. Ses idées et ses conseils me sont précieux, comme nos rencontres. Quand on vit avec un enfant différent, la vie change, c’est inévitable. Il n’est pas toujours facile de faire face aux exigences de la différence et au regard des autres. Sophie déclare volontiers qu’elle n’y arriverait pas seule. Elle sait qu’elle peut s’appuyer sur Charles. Elle n’ose pas se projeter trop loin dans l’avenir, sauf pour organiser la vie de Mathis lorsqu’ils ne seront plus là. Pour le moment, la priorité, c’est d’assurer son bonheur. «Rendre Mathis heureux n’est pas compliqué, dit-elle. Il lui faut simplement des parents heureux. La plus belle chose que l’on puisse offrir à son enfant, qu’il soit différent ou pas, c’est le bonheur que l’on ressent soi-même. Je me suis juré que, malgré la différence de Mathis, cela ne m’empêcherait pas d’être heureuse et que notre vie serait belle.»
Pari réussi, Sophie! Mathis est heureux, comme sa maman. Et dans mes moments difficiles, le simple fait de me frotter à votre duo me fait du bien. Le bonheur peut être contagieux: il suffit de l’attraper au passage. Merci, Sophie, d’être la confidente et l’amie que tu es; merci pour le coup de main à la Fondation les petits trésors de l’Hôpital Rivière-des-Prairies; et merci, Mathis, de nous démontrer que vivre et être heureux, c’est tellement plus qu’être le meilleur en toute chose.

sticker-coeur-papillon

 

 

Vidéo

accomplissement

Aujourd’hui c’est le dernier jour d’école, dernier jour de maternelle.
La fin de l’année scolaire s’accompagne toujours du spectacle des enfants devant un public de parents et d’amis dés le début conquis. Pour nous, ce moment a été un accomplissement.

S’il avait fallu définir en un mot la fête de l’école de la première année de maternelle d’Alix, il y a maintenant 2 ans, sans hésiter nous pensons à crispation.

La crispation de voir autant de monde dans la cour, la crispation de n’avoir aucune idée de ce que l’on attendait de lui, de ne pas comprendre les codes, les signes. Crispation de se retrouver devant tout ce monde aux mains gesticulantes, extrêmement criards, avec des yeux exorbités d’excitation et aux flashs agressifs.

 

Mais pourquoi je dois chanter ? Ici ? Maintenant ? Et quoi ? MAAAMAAAAAANNNNNNN

 

Deux ans sont passés. Deux ans d’apprentissages, de socialisation, de communication, d’ouverture aux autres, d’apaisement, de prise en charge adaptée.
Ce spectacle est l’aboutissement de ses efforts pour être avec les autres, transcendé par son plaisir de l’être.

 

Résultat en images :
(Alix est au premier rang, le premier en partant de la droite, avec un t-shirt turquoise)